
Le nom de Baden-Powell est connu et respecté dans le monde entier comme celui d'un homme pour qui, en 83 ans, a su mener deux vies bien distinctes et pleinement remplies: l'une comme soldat au service de son pays et l'autre comme militant de la paix à travers la fraternité du Mouvement Scout.
Robert Stephenson Smyth Baden-Powell, mieux connu sous le nom de B-P, est né le 22 février 1857 au numéro 6 de Stanhope Street (actuellement 11, Stanhope Terrace), dans le quartier de Paddington à Londres. Il était le sixième fils et le huitième des 10 enfants du Révérend Baden Powell, professeur à l'Université d'Oxford. Robert Stephenson était le nom de son parrain, fils de George Stephenson, pionnier du rail.
B-P n'avait que trois ans lorsque son père mourut laissant la famille sans trop grandes ressources. Ses premières leçons lui furent données par sa mère puis il entra à l'école Rose Hill, à Tunbridge Wells, où il reçut une bourse qui lui permit d'entrer à l'école de Charterhouse à Londres. Cette école fut déplacée par la suite à Godalming dans le Surrey, un facteur décisif pour la suite de sa vie.
Il était avide d'apprendre: il jouait du piano, du violon, il était doué pour la comédie et faisait même parfois le clown. A Charterhouse, il commença à explorer et à jouer le pionnier dans les bois.
A l'insu de ses professeurs, B-P se glissait dans la forêt toute proche de l'école où il chassait des lapins qu'il faisait cuire en prenant garde que la fumée ne trahisse sa cachette. De même pendant les vacances avec ses frères, il était avide d'aventure. Ils firent un jour une croisière en bateau le long de la côte sud de l'Angleterre et une autre fois, ils remontèrent la Tamise en canoë jusqu'à sa source. Au cours de ces expéditions, Baden-Powell s'initiait aux méthodes qui lui furent si utiles dans sa carrière.
B-P ne montrait cependant pas autant d'intérêt pour les études. Ses carnets scolaires en témoignent. On note dans l'un d'eux "qu'il a résolument renoncé à comprendre quelque chose en mathématiques" et dans un autre, "qu'en français il pourrait être doué s'il n'était pas si paresseux et ne dormait pas aussi souvent en classe".
Pourtant, B-P obtint la seconde place, devant plusieurs centaines de candidats, d'un concours d'entrée à l'armée. Il fut immédiatement affecté à un régiment de cavalerie, le 13e Hussards, et fut dispensé de suivre les stages de l'école d'officiers. Il devint par la suite leur Colonel honoraire pendant de nombreuses années.
Jeune officier, il fut affecté en 1876 à l'armée des Indes où il se spécialisa dans le Scoutisme, la reconnaissance et le relevé topographique. Son succès lui valut bientôt d'être promu instructeur. Pour l'époque, ses méthodes étaient plutôt non conformistes: il formait de petites unités ou patrouilles, chacune sous les ordres d'un chef, et attribuait aux plus méritants un insigne dont le dessin s'inspirait du point nord de la boussole, très similaire à ce qui devait devenir le badge du Scoutisme Mondial.
Il fut stationné par la suite aux Balkans, en Afrique du Sud et à Malte. En Afrique du Sud, il défendit Mafeking assiégée pendant 217 jours au début de la guerre des Boers. Ce siège se révéla un test crucial pour les méthodes de reconnaissance de B-P qui fut fortement impressionné par les jeunes garçons-messagers. En Angleterre, on était fasciné par ses exploits.
À son retour, en 1903, il était devenu un héros national. Le petit livre qu'il avait écrit à l'intention des soldats, "Aids to Scouting", était utilisé par des animateurs de jeunes et des enseignants dans tout le pays pour apprendre aux enfants l'observation et la vie dans les bois.
Il prit la parole dans de nombreuses manifestations et rallyes; lors d'un rassemblement des Boys' Brigade (une organisation de jeunesse en Angleterre), leur fondateur, Sir William Smith, lui demanda d'élaborer un projet offrant plus de diversité pour l'éducation civique des garçons.
B-P se mit à récrire "Aids to Scouting", cette fois-ci à l'intention de plus jeunes lecteurs. En 1907, il organisa un camp expérimental sur l'île de Brownsea, près de Poole, dans le Dorset, afin de mettre ses idées en pratique. Il invita 22 garçons, certains venus d'écoles privées et d'autres de toutes les couches de la société, à participer au camp placé sous sa responsabilité. Le monde entier connaît le résultat de cette entreprise.
"Eclaireurs" fut publié en 1908 en six tomes à raison d'un tome par quinzaine. Le succès ne se fit pas attendre. Les jeunes s'organisèrent en patrouilles scoutes pour expérimenter sa méthode et ce qui était destiné à des organisations de jeunesse déjà existantes devint le manuel d'un nouveau Mouvement mondial. Avec son sens pédagogique très développé, B-P avait saisi quelque chose de fondamental pour les jeunes de son pays et du monde entier. "Eclaireurs" a depuis été traduit en plus de 35 langues.
Le plus naturellement du monde et de manière spontanée, les garçons se rassemblèrent et formèrent des troupes d'éclaireurs dans tout le pays. En septembre 1908, B-P ouvrit un bureau pour répondre aux nombreuses demandes de renseignements qui ne cessaient d'affluer.
Le Scoutisme se répandit rapidement dans tout l'Empire britannique et dans la quasi totalité des pays du monde. Il fut aboli par la suite dans les pays devenus totalitaires (le Scoutisme étant avant tout démocratique et bénévole).
En 1910, âgé de 53 ans, il quitta l'armée sur les conseils du Roi Edouard VII, qui pensait qu'il pourrait rendre un service encore plus précieux à son pays en se consacrant entièrement au Mouvement Scout qu'il avait fondé.
Il consacra dès lors tout son enthousiasme et son énergie au développement du Scoutisme et du Guidisme (le Mouvement féminin fut fondé en 1909, après que des filles qui avaient participé au premier rallye scout à Crystal Palace à Londres aient demandé à B-P comment elles pourraient elles aussi adhérer au Mouvement scout), voyageant dans le monde entier, au gré des besoins, pour promouvoir le Mouvement et communiquer sa foi.
En 1912, il épousa Olave Soames qui soutint son mari avec ferveur et l'aida jusqu'au bout dans son travail. Ils eurent trois enfants: Peter, Heather et Betty. Lady Olave Baden-Powell fut reconnue comme la Chef Guide du monde.
Le premier Jamboree international eut lieu en 1920 à Olympia, dans la capitale britannique. Lors de la cérémonie de clôture, B-P fut proclamé à l'unanimité Chef Scout du monde.
Les rencontres internationales se succédant, toutes prouvèrent que ce titre n'avait rien d'honoraire mais que réellement ils - les éclaireurs, routiers et responsables - le considéraient bien comme leur Chef. L'enthousiasme que générait sa présence et le silence qui régnait quand il levait la main pour prendre la parole ne laissaient aucun doute: B-P avait conquis les coeurs et capté l'imagination de ceux qui adhéraient à ses idées, quel que fût le pays d'où ils venaient.
Lors du 3e Jamboree mondial, qui eut lieu à Arrowe Park, à Birkenhead (Angleterre), le Prince de Galles annonça que B-P allait être anobli par S.M. le Roi - une nouvelle qui fut reçue avec ovation. B-P prit le titre de Lord Baden-Powell of Gilwell, du nom du centre international de formation pour les scouts adultes qu'il avait créé.
Le Scoutisme n'était cependant pas l'unique centre d'intérêt de notre fondateur. Il aimait jouer la comédie, pratiquait la pêche et était un fervent de polo et de chasse. Il était aussi un très bon dessinateur et aquarelliste et s'intéressait à la sculpture et au cinéma amateur.
Auteur infatigable, B-P écrivit en tout 32 livres. Il fut honoré du grade universitaire d'au moins six universités et reçut de l'étranger 28 ordres et décorations, ainsi que 19 distinctions scoutes.
En 1938, sa santé se détériorant, B-P retourna en Afrique, une terre qui avait tant compté dans sa vie, où il vécut une semi-retraite à Nyeri, au Kenya. Même là-bas, il avait de la difficulté à modérer ses activités et continua à écrire de nombreux livres et à dessiner.
B-P s'éteignit le 8 janvier 1941 à l'âge de 83 ans. Il est enterré en toute simplicité à Nyerri d'où l'on peut apercevoir à l'horizon, le Mont Kenya. Sur sa tombe on peut lire ces quelques mots: "Robert Baden-Powell, Chef Scout du monde" surmontés des emblèmes scout et guide. Lady Olave Baden-Powell poursuivit jusqu'à sa mort en 1977, l'oeuvre de son mari, contribuant au développement du Scoutisme et du Guidisme dans le monde entier. Elle repose à Nyeri auprès de Lord Baden-Powell.
B-P écrivit cette lettre d'adieu* à tous les éclaireurs, lettre devant être publiée après sa mort:
"Chers éclaireurs,
Si par hasard, vous avez assisté à la représentation de Peter Pan, vous vous souviendrez que le chef des pirates était toujours en train de préparer son dernier discours, car il craignait fort que l'heure de sa mort venue, il n'eût plus le temps de le prononcer. C'est à peu près la situation dans laquelle je me trouve, et bien que je ne sois pas sur le point de mourir, je sais que cela m'arrivera un de ces prochains jours et je désire vous envoyer un mot d'adieu.
Rappelez-vous que c'est le dernier message que vous recevrez de moi; aussi méditez-le.
J'ai eu une vie très heureuse et je voudrais qu'on puisse en dire autant de chacun de vous.
Je crois que Dieu nous a placés dans ce monde pour y être heureux et pour y jouir de la vie. Ce n'est ni la richesse, ni le succès, ni la satisfaction égoïste de nos appétits qui créent le bonheur. Vous y arriverez tout d'abord en faisant de vous, dès l'enfance, des êtres sains et forts qui pourront plus tard se rendre utiles et jouir ainsi de la vie lorsqu'ils seront des hommes.
L'étude de la nature vous apprendra que Dieu a créé des choses belles et merveilleuses afin que vous en jouissiez. Contentez-vous de ce que vous avez et faites-en le meilleur usage possible. Regardez le beau côté des choses plutôt que le côté sombre.
Mais le véritable chemin du bonheur est de donner celui-ci aux autres. Essayez de quitter la terre en la laissant un peu meilleure que vous ne l'avez trouvée et quand l'heure de la mort approchera, vous pourrez mourir heureux en pensant que vous n'avez pas perdu votre temps et que vous avez fait "de votre mieux". Soyez toujours prêts à vivre heureux et à mourir heureux. Soyez toujours fidèles à votre Promesse scoute même quand vous aurez cessé d'être un enfant - et que Dieu vous aide à y parvenir!
Votre ami,
Robert Baden-Powell"
* Cette lettre, adressée aux éclaireurs, n'est pas datée mais tout laisse supposer qu'elle a été écrite avant 1929 car elle est signée "Robert Baden-Powell" et non pas "Baden-Powell of Gilwell". En outre, selon Lady Baden-Powell, son mari l'emportait toujours en voyage avec d'autres documents dans une enveloppe marquée "en cas de décès".
Note : Ce texte provient du Bureau Mondial du Scoutisme
- TUKTU pour toujours -